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Gel du point d’indice en 2027 : ce que trois ans de blocage ont coûté à votre salaire

Le point d’indice de la fonction publique ne sera pas revalorisé en 2027. La décision est tombée le 8 juillet 2026, à l’issue du premier rendez-vous salarial organisé depuis 2023, et elle a provoqué le départ collectif des huit organisations syndicales représentatives. Concrètement, la valeur du point n’a pas bougé depuis le 1er juillet 2023. Pour un agent public, cela signifie trois années pleines de blocage derrière lui et une quatrième annoncée. Combien cela représente-t-il réellement sur une fiche de paie ? Voici les chiffres.

Ce que le gouvernement a décidé le 8 juillet 2026

Le rendez-vous salarial de la fonction publique s’est tenu à Bercy sous la présidence de David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. Faute de nomination d’un ministre dédié depuis février 2026, c’est lui qui porte également le dossier de la fonction publique.

Le message a été sans ambiguïté dès l’ouverture de la séance : aucune augmentation de la valeur du point d’indice, ni en 2026, ni en 2027. Selon le cabinet du ministre, une revalorisation de 1 % seulement coûterait environ 2,4 milliards d’euros aux employeurs publics, un montant jugé incompatible avec la trajectoire budgétaire du projet de loi de finances pour 2027.

Deux autres demandes syndicales ont été écartées dans la foulée : le rétablissement de la GIPA (garantie individuelle du pouvoir d’achat), suspendue depuis 2024, et la remise en cause du jour de carence ainsi que de la perte de 10 % de rémunération en cas d’arrêt maladie ordinaire.

Le ministre a annoncé l’ouverture, dès septembre, de groupes de travail destinés à concentrer les marges disponibles sur des mesures indiciaires ciblées dans un cadre pluriannuel. Les contours de ces travaux restent flous à ce stade.

Un gel qui dure depuis juillet 2023

La dernière hausse générale remonte au décret n° 2023-519 du 28 juin 2023, qui avait porté le point d’indice de 1,5 %, après une revalorisation de 3,5 % au 1er juillet 2022. Depuis, plus rien. 2024, 2025 et 2026 se sont enchaînées sans mesure générale, et 2027 sera la quatrième année civile consécutive dans ce cas.

Le point d’indice, ce mécanisme qui fixe votre traitement

Le point d’indice est l’unité de compte commune aux trois versants de la fonction publique (État, territoriale et hospitalière). Il sert à convertir votre indice en euros. La formule est unique :

Traitement indiciaire brut mensuel = indice majoré (IM) × 4,92278 €

Attention à ne pas confondre l’indice brut (IB) et l’indice majoré (IM). Seul l’indice majoré, celui qui figure sur votre bulletin de paie sous la mention « INM » ou « indice majoré », entre dans le calcul. La valeur annuelle du traitement afférent à l’indice 100 majoré est fixée à 5 907,34 euros depuis le 1er juillet 2023.

La différence avec le secteur privé est structurelle. Un salarié voit son salaire évoluer par négociation collective ou individuelle, année après année. Un fonctionnaire dépend, pour sa rémunération de base, d’une décision politique centralisée prise par décret. Quand cette décision n’intervient pas, le traitement de base reste figé, quelle que soit l’évolution des prix.

Trois ans de gel : la perte réelle sur votre fiche de paie

Le calcul de l’érosion repose sur l’écart entre un traitement nominal figé et la hausse des prix. Selon l’Insee, l’inflation en moyenne annuelle s’est établie à +2,0 % en 2024 puis +0,9 % en 2025. Pour 2026, la moyenne annuelle définitive ne sera publiée qu’en janvier 2027, mais le glissement annuel constaté au premier semestre tourne autour de 2,2 %, sous l’effet de la remontée des prix de l’énergie.

En retenant cette hypothèse, l’inflation cumulée sur les trois exercices atteint environ 5,2 %. Autrement dit, 100 euros de traitement de 2023 n’achètent plus aujourd’hui que l’équivalent de 95 euros environ.

Simulation par indice majoré

Le tableau ci-dessous applique cette érosion à différents niveaux d’indice. La perte mensuelle correspond au pouvoir d’achat perdu au niveau de prix actuel. Le cumul additionne les pertes des trois exercices, l’érosion étant plus faible en 2024 qu’en 2026.

Indice majoré Traitement brut mensuel Perte mensuelle estimée Perte cumulée sur 3 ans
366 (minimum de traitement) 1 801,74 € 89 € environ 2 100 €
400 1 969,11 € 97 € environ 2 300 €
450 2 215,25 € 109 € environ 2 580 €
530 2 609,07 € 128 € environ 3 040 €
600 2 953,67 € 145 € environ 3 450 €
700 3 445,95 € 170 € environ 4 020 €

Estimations calculées sur la base d’une valeur du point de 4,92278 € et d’une inflation cumulée d’environ 5,2 % sur 2024, 2025 et 2026.

La lecture la plus parlante est peut-être celle-ci : quel que soit votre indice, la perte cumulée depuis 2024 représente un peu plus d’un mois de traitement brut. Ces montants portent sur le seul traitement indiciaire et n’intègrent ni les primes, ni l’avancement d’échelon, qui restent les deux seuls leviers de progression en 2026 et 2027.

Le tassement des grilles, effet collatéral du gel

Quand le point ne bouge pas mais que le SMIC continue de progresser, le bas des grilles se retrouve rattrapé puis dépassé. C’est exactement ce qui se produit.

Le minimum de traitement de la fonction publique reste fixé à l’indice majoré 366, soit 1 801,74 euros bruts mensuels. Or le SMIC a été porté à 1 823,03 euros au 1er janvier 2026 (hausse de 1,18 %), puis à 1 867,02 euros au 1er juin 2026 par un arrêté du 22 mai 2026 (hausse de 2,41 %). Le minimum de traitement est donc passé sous le salaire minimum légal.

La conséquence est mécanique. En application du décret n° 91-769 du 2 août 1991, une indemnité différentielle doit être versée pour ramener la rémunération au niveau légal. Au 1er janvier 2026, environ 356 000 agents publics étaient concernés. Depuis le 1er juin 2026, ce sont tous les agents rémunérés sur les indices majorés 366 à 379 inclus, pour un montant compris entre 11,14 et 65,29 euros bruts mensuels selon l’indice. Ce versement ne nécessite ni délibération, ni arrêté.

Le chiffre qui résume la situation a été avancé par la CFDT lors du rendez-vous salarial : près de 862 000 agents publics perçoivent aujourd’hui un traitement indiciaire inférieur au SMIC et ne maintiennent leur rémunération de base que grâce à ce mécanisme correcteur.

La GIPA, le filet de sécurité disparu

La garantie individuelle du pouvoir d’achat avait précisément été créée pour compenser l’écart entre l’évolution du traitement indiciaire d’un agent et celle des prix sur quatre ans. Elle n’a pas été versée en 2024 ni en 2025, et son rétablissement a de nouveau été écarté le 8 juillet 2026. Pour un agent resté sur le même échelon depuis 2023, il n’existe donc plus aucun mécanisme général de compensation.

Un gel qui ne vient pas seul

L’effet du blocage se cumule avec plusieurs autres mesures qui pèsent sur la rémunération nette des agents.

Le jour de carence reste en vigueur et l’indemnisation des arrêts maladie ordinaires est plafonnée à 90 % du traitement. Les deux dispositions ont été explicitement maintenues lors du rendez-vous salarial. Côté retraites, l’absence de revalorisation des pensions prolonge la même logique pour les agents déjà partis. Enfin, la poursuite des suppressions de postes et du non-remplacement d’une partie des départs à la retraite alourdit la charge de travail dans des services déjà tendus.

Syndicats : rupture du dialogue et grève le 29 septembre

Les huit organisations représentatives (CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP) ont quitté la séance du 8 juillet avant son terme et publié une déclaration commune.

Leurs revendications sont convergentes : revalorisation significative de la valeur du point, indexation sur l’inflation, rétablissement de la GIPA, égalité salariale entre les femmes et les hommes, abrogation du jour de carence et retour à 100 % de la rémunération en congé maladie ordinaire.

Une journée nationale de grève et de manifestations est appelée le mardi 29 septembre 2026. L’enjeu dépasse le seul dossier salarial : le scrutin des élections professionnelles du 10 décembre 2026 se profile, et le niveau de mobilisation de septembre sera scruté comme un test du rapport de force.

Faut-il espérer un dégel après 2027 ?

Trois scénarios se dessinent. Le premier, celui que le gouvernement met en avant, consiste à renoncer à la mesure générale au profit de revalorisations ciblées sur certaines grilles, dans un cadre pluriannuel. C’est l’objet des groupes de travail ouverts en septembre.

Le deuxième est le retour du débat sur la rémunération au mérite, relancé par deux rapports publiés en février 2026, l’un de la Cour des comptes, l’autre de l’Institut Montaigne, dix ans après la création du RIFSEEP.

Le troisième est celui de l’attractivité. À force de tassement des grilles, l’écart entre le début de carrière d’un agent de catégorie C et celui d’un agent de catégorie B se réduit, ce qui pose une question directe de recrutement et de fidélisation dans des métiers déjà en tension.

Questions fréquentes

Quelle est la valeur du point d’indice en 2026 ?

Elle est de 4,92278 euros bruts par mois et par point d’indice majoré, soit une valeur annuelle de 59,07 euros. Ce montant est inchangé depuis le 1er juillet 2023, date de la dernière revalorisation générale (+1,5 %).

Le point d’indice sera-t-il dégelé en 2027 ?

Non. Le gouvernement a confirmé le 8 juillet 2026 qu’aucune revalorisation générale n’interviendrait en 2027. Seules des mesures indiciaires ciblées sont envisagées, sans calendrier précis à ce jour.

Mon salaire peut-il augmenter malgré le gel ?

Oui, mais uniquement par des leviers individuels : l’avancement d’échelon, l’avancement de grade, la promotion interne, ou l’évolution de votre régime indemnitaire. Aucune hausse ne viendra de la valeur du point.

Qu’est-ce que la GIPA et est-elle encore versée ?

La garantie individuelle du pouvoir d’achat compensait l’écart entre l’évolution du traitement indiciaire et celle de l’inflation sur une période de quatre ans. Elle n’a pas été versée en 2024 ni en 2025, et son rétablissement a été écarté lors du rendez-vous salarial de juillet 2026.

Le gel concerne-t-il aussi les agents contractuels ?

Il concerne tous les agents rémunérés par référence à un indice majoré, titulaires comme contractuels. Les contractuels dont la rémunération est fixée par contrat ne sont pas directement touchés par la valeur du point, mais dépendent de la politique salariale de leur employeur, elle aussi contrainte.

Ce qu’il faut retenir

Trois ans de gel représentent, selon l’indice, entre 2 100 et 4 000 euros de pouvoir d’achat perdu, soit un peu plus d’un mois de traitement brut. Une quatrième année a été actée pour 2027 et aucun mécanisme général de compensation ne subsiste. La prochaine échéance est la journée de mobilisation du 29 septembre, avant l’examen du budget à l’automne. D’ici là, le seul conseil utile reste de vérifier votre indice majoré sur votre bulletin de paie et de contrôler, si vous êtes rémunéré entre les IM 366 et 379, que l’indemnité différentielle figure bien sur votre fiche.